Épilogue

Une échoppe ordinaire...

Des étalages remplis de sculptures en bois finement ouvragé, d'instruments de musique ciselés avec patience, d'objets purement décoratifs ou vaguement utilitaires...

Un observateur éventuel s'étonnerait sans doute d'y trouver des flèches, surtout s'il s'approchait assez pour constater que leur bout est arrondi.

Cependant, il n'y a personne. Personne d'autre que l'artisan qui travaille sur son établi, d'où il pourrait surveiller toute la pièce si toute son attention n'était tournée sur son ouvrage. À côté de lui, un écureuil grignote une noisette, l'air d'attendre que son aide soit nécessaire.

Quelqu'un rentre.

Un client ? Non, trop jeune : dix ans, douze peut-être ; un curieux, tout au plus.

Il examine les articles avec l'air du plus grand intérêt. Il se déplace lentement et en silence, comme pour éviter de déranger l'artisan, sans chercher à attirer son attention - pourtant il est évident qu'il souhaite lui parler.

Le temps passe sous les bruits du ciseau à bois.

L'enfant a depuis longtemps cessé d'étudier les objets finis pour se concentrer sur le travail de l'homme lui-même, tout en étant lui-même l'objet d'une attention similaire de la part de l'écureuil.

L'écureuil, semblant obéir à un ordre inaudible, sauta soudain par terre avant de disparaître par une porte. L'enfant détourna son attention, et fut doublement surpris en entendant la voix rauque de l'artisan.

- Bon, qu'est-ce que tu veux ?, demandait-il.

Le gosse étonné ne trouva rien à dire.

- Allez, dépêche-toi, je vais devoir fermer, continua-t-il comme le gamin ne trouvait rien à répondre.

Ce dernier reprit suffisament ses esprits pour jeter un coup d'oeil par une fenêtre : le soleil était encore haut.

- Pourquoi vous allez fermer ?, osa-t-il finalement.

- Ce n'est pas pour ça que tu es là. Tu comptes parler tout de suite, ou attendre la semaine prochaine ?

- C'est bien vous qui fabriquez les flèches magiques ? Celles qui guérissent ?

L'homme gardait le silence en attendant la suite. Le gamin prit ça pour un assentiment.

- Je voulais vous remercier de la part de mon père... Vos flèches l'ont sauvé, vous savez.

L'homme parut vouloir dire quelque chose, mais fut interrompu par l'écureuil qui réapparut et lui sauta sur l'épaule à toute vitesse, d'un air affolé.

- J'en suis heureux pour vous, dit-il en cajolant l'animal pour le calmer. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai des choses à faire.

Et il conduisit l'enfant à la porte avant que celui-ci trouve quelque chose à ajouter.

Cependant, ce dernier ne l'entendait pas de cette oreille. L'homme était encore plus mystérieux que ce qu'il avait entendu dire. Fermer au beau milieu de l'après-midi ? Que pouvait-il donc avoir de si important à faire... ? Il est vrai que les clients n'avaient pas l'air de se bousculer... N'avait-il fermé que pour se débarasser de lui ?

Il commença à réfléchir à un moyen de rentrer sans se faire repérer et remarqua une fenêtre grande ouverte au premier. L'escalade n'était pas impossible, mais les passants nombreux.

- J'ai perdu les eaux !, cria soudain une voix de femme au travers de la fenêtre.

La plupart des passants s'arrêtèrent un instant avant de reprendre leurs activités. L'artisan vint fermer la fenêtre sans un regard vers l'extérieur. Il parlait à quelqu'un ; le gosse eut presque l'impression d'entendre "ce n'est pas la peine de crier" avant que la fenêtre ne soit close et que le bruit de la rue couvre tout le reste.

Le gosse décida de retenter sa chance le lendemain.